septembre

Tings dey happen

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Nous sommes alles entre collegues passer une soiree afro dans la mission. Apres avoir dine au Bissap Baobab, resto ultra-recommande, nous avons ete au Marsh, une sorte de petit cafe-spectacle ou se tenait une representation de "Tings dey happen". Ce spectacle m'a interpele a differents niveaux. Voici ce dont il s'agit.

Dan Hoyle, petit americain blanc, l'unique acteur de ce spectacle, a ete passer una annee au Nigeria pour y etudier la politique petroliere du pays. Il en est revenu faconne par les moments "de triomphes et de desespoirs, d'alienation et d'assimilation" (sic), et a ete visiblement impressionne au point de monter son aventure en piece de theatre dont il serait le seul acteur. C'est la que tout devient interessant.
Au lieu de relater son experience en decrivant le recit de ses rencontres, il a choisit de s'exclure des situations et de mimer les personnages qu'il a croises. Quelle idee geniale. Le public est place dans l'action, les interlocuteurs defilent devant nous dans toute leur realite, et on se laisse porter par ce flot de circonstances sur lequel nous n'avons plus prise. Les dialogues d'alors deviennent des monologues que l'imagination complete sans mal grace a la force des regards, des gestes, des pauses, des respirations.

Avec un talent de transfiguration impressionant, Dan Hoyle devient tour a tour Nigerian, ecossais, pute, policier, chef de tribu. On boit le the avec l'ambassadeur americain, jambes croisees et chuchotements polis. On partage la cabane d'un jeune snipeur, un guerrier rebelle qui a deja serti de plomb quelques ames malheureuses d'avoir croise le chemin de ses balles. On traine au bar des employes de compagnies petrolieres, trop occupes aux affaires courantes et aux filles pour avoir le temps d'avoir du recul. On passe un barrage de police sur le cuir confortable de la berline d'une employee d'ONG qui se lime les ongles en achetant sa bonne conscience par la vitre entrouverte. On voyage beaucoup, on rencontre beaucoup de monde.
J'ai adore.

Evidemment, on ressort forcement chamboule d'une telle intensite dramatique. Il suffit de tres peu d'imagination pour se laisser emporter par ce spectacle. On quitte San Francisco le temps de 90 minutes, et on se retrouve tout penaud a marcher dans le quartier de la mission en tatant du bout des semelles la realite, en cherchant ses mots, en rassemblant ses emotions pour les compter et verifier qu'on a rien oublie la-bas.